L’ère de la Papa-Présidence est arrivée.

Que ferons-nous de cet ennuyeux panneau-furoncle qui défigure le rond point « Colombe de la Paix ».

« Merci Papa Faure pour la cantine scolaire ».

Merci Papa Faure
Voici donc arrivé le temps  de la mercitude? Après Valérie Treiweiler disant « Merci pour ce moment » à son ex de Président, qu’elle a contribué à enterrer politiquement (elle aurait du lui mettre du poison dans son verre quand elle était à l’élysée ?), voici venu, pour le compte du Togo, notre “remercieur-maison” ; un individu qui est visiblement tombé dans le panneau pour dire « Merci » à « Papa » Faure pour la “mangeoire” scolaire…

L’auteur du panneau-bitos aurait pu aller voir le Président en privé pour manifester son remerciement, … lui envoyer un courrier… un email, un tweet, un post sur facebook dégoulinant de flagorneries, de léchage de bottes (et si on remonte un peu après les bottes on s’approche du c** ? mais bon…) , de « donnez moi un peu d’argent quand même, je vous remercie publiquement, je vends ma dignité, je m’étiquette comme mangeur à la mangeoire »…

De tous ces moyens distillés en  293 mots, Que nenni ! Notre fixeur de panneau n’en avait rien à faire. Il a choisi une grande affiche sur la place publique (pacifique voire “colombique”) pour dire au Président de la République

« Merci Papa » !

Voyons d’abord la chose sur un angle plus culturel…

Quand dit-on « Merci Papa «  dans nos cultures togolaises ?

Bah tu dis « Merci Papa » parce que ton père t’a donné de l’argent de poche (pour manger à la cantine ?) ou pour t’acheter des bricoles, (et même un peu de chanvre indien, histoire de revenir faire, j’vais t’péter la gueule papa, mais bon… ça c’est une autre paire de joints).

Calmez-vous, je vous amène progressivement à comprendre l’acte du poseur de panneau…

Désormais  une innovation s’ajoute à notre bagou culturel sur le volet des remerciements. On peut se répandre en remerciements à son papa (ou à son Papa-président), si et seulement si, il vous construit une ou plusieurs cantines scolaires (C’est un évènement n’est-ce pas?).

Vraiment ? Savons-nous ce qu’est une cantine scolaire ? histoire de voir si Merci vaut la peine d’être dit au nouveau papa des enfants du Togo. (oui, parce que avant on pensait juste qu’il était le papa de ses enfants à lui…)

Traversant cette époque formidable qu’est l’ère des TICs… Je n’ai pas cherché de midi à quatorze heures avant de “googler” « cantines scolaires, togo ». Et comme google en a l’habitude, j’ai été servi :

http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2011/03/18/community-development-project-improves-living-conditions-for-thousands-in-togo

« Certaines écoles situées dans des localités les plus pauvres du pays participent au programme de cantines scolaires, mis en place par le Projet pour lutter contre l’extrême pauvreté et permettre la scolarisation des enfants issus de familles très pauvres. Les repas sont préparés par les femmes des communautés bénéficiaires qui gagnent ainsi des revenus pour leurs familles. Environ 36 000 enfants bénéficient de ce programme, dont les résultats se traduisent en des augmentations substantielles des effectifs des écoles bénéficiaires, avec des taux de réussite atteignant parfois 95 à 100% ».

http://www.agenceecofin.com/gestion-publique/1405-20005-togo-26-1-millions-de-la-banque-mondiale-pour-la-sante-et-le-developpement-communautaire

« Le deuxième financement est un crédit de 12,1 millions de dollars, qui correspond au deuxième financement additionnel du Projet de développement communautaire et des filets sociaux (PDC Plus). Ce nouveau financement vise à renforcer les micro-projets et à relancer le programme de cantines scolaires lancé par le gouvernement en avril dernier, en faveur de 31 000 élèves de 149 écoles situées dans les zones les plus pauvres du pays ».

http://www.afriquejet.com/afrique-ouest/5868-programme-de-la-cantine-scolaire-au-togo.html

Le programme qui s’inscrit dans le cadre du Projet de développement communautaire (PDC plus) est financé par le gouvernement togolais pour un montant de 1 milliard de FCFA et prend en compte des milliers d’élèves appartenant à 149 écoles des zones abritant des populations les plus vulnérables du territoire national“.

Voici donc ma synthèse somme toute modeste qui explique en des mots simples (Merci pour la simplicité).

La Cantine Scolaire

Retenons :
Elles sont plus des cuisines improvisées qui ne disent pas leur nom, dans des écoles situées en zones rurales, très vulnérables. Les murs tiennent le temps d’une saison sèche à la rigueur. Ils tiennent surtout lieu (avec un peu de toiture en paille) de salles de classe pour des élèves habitants des villages distants de plus de 5 kilomètres (quand ils ont encore assez de courage pour se taper la marche de l’élève combattant que vous et moi n’avons pas connu ? Ils sont la pépinière pour une discipline olympique : la marche ! #CNOT où es tu ?).

Exemple :

L’élève lambda arrive à l’école primaire publique de Sankortabima (je sais, vous êtes déjà perdu, so do i ! ), le ventre vide (à la rigueur, un peu d’igname grillé dans les poches) et des kilomètres à pied dans les jambes. Il y passe l’entière matinée entre gargouillis d’estomac et cours de grammaire, calculs, conjugaisons, etc. A midi, la faim est au zénith, l’estomac dans les talons, il n’y a pas grand-chose à manger (sans argent), l’élève (je l’ai appelé lambda, prénom togolais?) rentre chez lui, seul réfuge, après avoir été chassé par sa famine intuitu personae … la boutique de ses sacrifices consentis fermant à midi… il ne prend qu’un aller simple pour le bercail ! Il ne revient pas l’après-midi, il ne revient pas le lendemain, il ne revient jamais… le dernier jour du reste de sa vie, sera consacré aux activités champêtres, l’école ayant été envoyée paître (au diable…).

C’est fort de ce constat (qu’à défaut de faire des panneaux pour dire Merci Papa), quelque part dans les sphères gouvernementales, on a eu l’idée de créer des cantines scolaires. Il leur a fallu du temps pour s’en rendre compte :

« Faire manger l’élève à l’école aux frais de l’état c’est garantir une certaine relève de demain pour la nation tout entière ».

A l’image de Molière dans Harpagon, je m’interroge :

Faut-il manger pour aller à l’école ou aller à l’école pour manger ?

Ce que je sais est que, dans un cas comme dans l’autre, ON MANGE!

Et comme on mange avec l’argent, il fallait bien en trouver quelque part.

C’est là que la banque mondiale accourt au chevet de l’enfant togolais mourant de faim à l’école (oh la honte !).

12,1 millions de dollars (autour de 6 milliards de F CFA) allouée par la banque mondiale. Elle est accompagnée, soutenue à bout de bras (Abraracourcix?) par le gouvernement togolais avec à hauteur d’un milliard de francs CFA pour soutenir le projet.

Voilà, vous en savez suffisamment sur les cantines scolaires au Togo ? revenons au panneau !

 

Soyons clairs, le Président de la République malgré toute sa bonne volonté (doublée d’une certaine magnanimité légendaire héréditaire) n’a pas sorti de l’argent de ses poches pour créer des cantines scolaires… il ne s’agit même pas de l’argent qu’il aurait fait décaisser du trésor souvent à sec de l’état… il s’agit d’un financement extérieur obtenu sous (peut-être) l’impulsion très très personnelle du Chef de l’état, et gràce à l’implication très très soutenue du Ministère du Développement à la Base. A la Base ne faut-il pas d’ailleurs bien manger pour un Togo meilleur au sommet.

Question ? Pourquoi alors un « Merci Papa Faure » surdimensionné par panneau interposé?

Je fais appel à mon imagination; j’étale mes soupçons, mes suspicions, (allons, supputons mes bons gens) : Un individu pas très bien intentionné réfléchit à quoi dire ou faire pour s’attirer les bonnes grâces présidentielles ; Il veut gagner un peu d’argent en flattant l’égo du N°1 du pays, peut-être veut-il qu’on l’invite à participer à une campagne électorale où il n’y a pas qu’un seul panneau à mettre etc. Il court, saute, grimpe à un mât et y accroche une affiche qui montre combien le Président est paternel envers les enfants des autres, les enfants des sans-dents de paysans en zone défavorisées.

Seulement, affubler autant un chef d’état qui n’en demandait pas tant, d’un titre de Papa ne lui rend pas service. Faure Gnassingbé était jusque là le fils du père de la nation (le fils de la nation) ? Aujourd’hui, devient-il automatiquement un nouveau père de la nation grâce aux cantines scolaires financées essentiellement par la banque mondiale?

Trysha La, sur son blog parle de “Ridicule qui ne tue pas”. D’autres blogueurs et pas des moindres se répandent en quolibets et pics assez vifs, remerciants le président pour tout ce qu’il n’a pas pu faire pour le Togo qu’il dirige.

Même l’histoire des chefs d’états noirs n’a pas écrit de lettres de noblesse pour ceux qui ont voulu porter le titre de « Papa » de la population.

– Idi Amin Dada, au pouvoir en Ouganda entre 1971 et 1979 aimait se faire appeler « Papa ». Pour ce qu’il a été au long de sa courte vie de chef d’état avec les restes humains au frigo et la dictature oppressante qui la caractérise ?
– Jean Bedel BOKASSA, Empereur folklorique de la Centrafrique aimait appeler le Président Charles De Gaulle, « Papa ». Jacques Foccart raconte dans ses mémoires que le « double-mètre » (De Gaulle), s’en est tellement embarrassé qu’exaspéré, il le lui aurait défendu formellement. Mais BOKASSA comme vous le savez était un homme compliqué. (C’est pour ça que la France l’a déposé ?)
– François Duvalier, Chef d’Etat en Haïti, de 1957 à 1971 se faisait appeler « Papa Doc » (il était médecin). A son service, des policiers assassins connus sous le nom de Tontons Macoutes, et à son actif, une politique de répression dans un pays habilement mené à la faillite.

Les Présidents un peu trop « papa » du peuple n’ont donc pas eu bonne presse. Le “panneaulogue” de Colombe de la Paix devrait s’en inquiéter. En voulant paraître trop affable, il risque de devenir amendable face aux militants UNIR, à la Convention des Femmes du même parti, et à tous ceux qui adoubent le Président qui va remettre son tablier en jeu dans quelques mois. Au risque de se faire remercier pour avoir eu le malheur de dire un hypothétique « Merci Papa », il devrait savoir qu’il n’y a point d’honneur à casser du sucre sur le dos de malheureux enfants nourris à la gamelle d’un financement extérieur pendant qu’on éructe dans la graisse en flatulant dans la soie de sa culotte. 

Ce ridicule-là ne tue pas, il engraisse bêtement celui qui l’a créé.

Il y a tellement de moyens pour un peuple de remercier son président que par un caricatural panneau d’affichage mal pixelisé. On dit merci quand on est comblé et qu’on veut faire montre de reconnaissance… sinon, Merci pour les faux merci !

La bonne nouvelle?

Il faut noter aussi que grâce au programme de cantines scolaires, les taux d’abandon ont régressé, et les effectifs des écoles bénéficiaires ont considérablement augmenté : « Avant, l’effectif de notre école était de moins de 100 élèves. Avec le programme, nous avons eu l’année passée 200 élèves, et cette année nous en avons 232 », nous confie M. Nakpalle Lalle, directeur de l’’ecole publique de Sankortambima.
Extrait de l’article : Au Togo, le Projet de Développement Communautaire améliore les conditions de vie des milliers de personnes

http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2011/03/18/community-development-project-improves-living-conditions-for-thousands-in-togo

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9 thoughts on “L’ère de la Papa-Présidence est arrivée.

  1. #Merci pour les rappels et aussi les liens,
    #Merci pour l’humour parfois pas drôle mais très bien trouvé,
    #Merci pour ce billet plaisant à lire et #Merci de m’avoir fait comprendre qu’il ne fallait surtout pas dire #MerciPapaFaure parce que tout ça c’est de la propagande~L’archer Bassari~.
    #Merci!

  2. Merci bien pour les liens, et surtout pour la vérité mis à la lumière. On est tellement devenu malhonnête qu’on exploite toutes les occasions, y compris le malheur de pauvres enfants, pour se faire de l’argent. Bien triste tout ça…!

    Si c’est le Togo des 15 prochaines années à venir qui se déssine comme ça, il faudrait sérieusement y réfléchir.

    Merci.

  3. Pingback: Togolese Bloggers Poke Fun at President for Over the Top BillBoard · Global Voices

  4. Pingback: Togolesische Blogger machen sich über Präsidenten wegen überzogenem Plakat lustig · Global Voices auf Deutsch

  5. Pingback: Au Togo, la Convergence Faure fait fort ! - Le blog du salaud lumineux

  6. Pingback: Des 33 ans de pouvoir de Paul Biya - La Plume Parlante...

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