FROM KPALIME WITH LOVE

La ville de Kpalimé n’est pas ma destination de choix. Non, en fait, on va dire que je n’avais pas le choix tout court.

Cela fait deux week-end que je romps les habitudes moto-boulot-dodo pour m’évader vers ces terres de collines, d’escarpements, de pentes abruptes échouant dans des vallées d’herbes grasses et de sols gravillonnées.

Kpalimé Vert

A une centaine de kilomètres de la capitale, on hume l’air de la montagne où le brouillard fait le siège jusqu’en fin de matinée, parfois toute la journée. Tôt le matin et tard le soir, le froid vous mordille la peau et le vent vous gifle agréablement au visage ; un contraste doux-amer ; l’effet d’une ville sur mer.

Kpalimé Espace vert 2

Il y a un mois, le célibataire endurci que j’étais a eu l’heur de rencontrer Akpénè, jeune femme, tresseuse émérite, vivant à Kpalimé. Nous avons depuis ce jour, chacun de son côté, lu dans les yeux de l’autre, et les SMS qui raccourcissent la distance nous séparant n’en sont que devenus, fréquents, réguliers, journaliers, puis bi-journaliers. Le premier jour comme ceux qui suivirent, je ne me posai pas trop de question sur mes sentiments. Les joies et les découvertes amoureuses retrouvées à Kpalimé me comblèrent. J’agissais en vertu d’un instinct qui m’assurait que ces plaisirs n’étaient pas répréhensibles et que je ne m’illusionnais pas sur l’attachement dont ma partenaire faisait preuve. Ce vieil axiome qui dit que dans les pays où il fait frais, les femmes ont un tempérament de feu se vérifie au gré du climat Kpaliméen ! C’était ça kpalimé ! la ville des gens aimants !

Kpalimé Bois Fagots

Aller à Kpalimé en transport en commun n’est pourtant pas un voyage très commun. Les taximen semblent avoir tous passé leur permis dans une boîte de conserve, où les passagers sont serrés tels des sardines. Un taxi en destination de Kpalimé compte 7 passagers à tout casser. 4 passagers sur la banquette arrière prévue pour trois. Deux voyageurs sont ensuite serrés tant bien que mal sur le siège passager avant. Et le clou du spectacle ! le conducteur partage son siège de chauffeur avec un passager coincé entre le levier de vitesse et les jambes du chauffeur.

Le premier week-end où je me rendis à Kpalimé pour revoir Akpénè, j’eus droit à une place sur la banquette arrière du taxi, enserré entre trois autres individus. J’avais eu tout le loisir de respirer contre ma volonté, les émanations pestilentielles de la bouche ouverte de mon voisin de droite. Il exhalait un parfum de sodabi (alcool local), son avant-bras velu, collé au mien et suant de tous ses pores. L’homme au visage émacié et au physique quelque peu gringalet, dormait, la tête rejetée en arrière. L’alcool a cette mauvaise habitude de vaporiser les soucis et d’envoyer le consommateur dans les bras de Morphée, avant de le laisser choir dans les réalités immuables, une fois réveillé ; Le moment où il se rend compte qu’au lieu que ses soucis soient noyés, ces derniers avaient subitement appris à nager.

Mon voisin de banquette assis à ma gauche s’était lui, endormi lorsque nous franchissions les portes d’Assahoun (50 Km de Lomé). Avait-il manqué d’affection dans son enfance, ou ne partageait-il pas encore ces moments dans le lit conjugal où votre compagne dépose sa tête contre votre épaule en s’endormant ? Diantre ! je n’en sais rien ! Toujours est-il qu’il prit tellement goût à son sommeil non alcoolisé qu’il déposa sa vilaine tête _ là encore bouche ouverte _ sur mon épaule. Ma répulsion fut lente mais non moins violente. Cela le réveilla momentanément. Il émit un bref ronflement puis rejeta sa tête en arrière et s’abîma dans son sommeil. Je voyageais entre deux « morts-vivants », et comme le Corbeau dans la fable de la fontaine qui le concernait, je jurai qu’on ne m’y prendra plus. Si tous les sacrifices n’étaient pas trop grands quand il s’agissait de ma Akpénè…

Le week-end suivant, je retournais à Kpalimé avec un groupe d’amis. L’un m’avait laissé sa voiture, sa femme et sa fille (je suis d’une viabilité sans tâches, faites-moi confiance) et était monté avec l’autre qui faisait le trajet pour la première fois au volant. Nous nous arrêtâmes dans deux villages : Tove-Ahoundzo et Tove-Dzigbe où mes amis avaient de la famille à saluer et moi Akpénè à revoir.

Kpalimé Economie

La coutume Ewé très conservée dans les localités autour de Kpalimé, demande lorsqu’on rend visite à un proche, à une relation ou même à un inconnu de sacrifier à un rituel d’échanges de civilités absolument bien ordonné. Les étapes sont énumérées dans un décorum certes gourmand en temps, mais ô combien convivial et réchauffant.

L’hôte fait asseoir son visiteur. Il lui fait apporter de l’eau. L’hôte goutte l’eau subrepticement et le tend à son visiteur qui la boit en fonction de sa soif. Une fois, cette avidité d’eau étanchée, le visiteur demande la permission de démarrer les salutations dans un « Excusez-nous, pouvons-nous vous saluer ». L’hôte acquiesce. Et selon le moment de la journée le visiteur demande à l’hôte en guise de salutation, de recevoir son « bon jour » ou son « midi » ou son « soir », parfois même son avant-midi (en éwé, Walè). L’hôte répond par la même phrase et interroge le visiteur sur la santé des habitants du foyer du visiteur ; celle de ses enfants ; allant jusqu’à affubler le reste des échanges d’un remerciement pour un hypothétique travail (nyitso be do) que le visiteur lui aurait fait ou un service rendu il y a plusieurs jours. Sauf en cas de grands récents malheurs, le visiteur affirme que tout va bien, que sa famille va bien, avec sa maison etc.

Vient alors la deuxième partie des civilités, celle où l’hôte demande au visiteur, la raison de son déplacement. C’est à n’en point douter la partie que j’adore le plus dans ces formules d’appel et d’introductions de civilités. Généralement, chez l’hôte, il y a toujours un homme plus jeune (le petit frère de l’hôte, son fils, son cousin, son neveu) qui l’assiste durant le ping-pong des salutations. Ce dernier porte la parole de l’hôte à son invité et inversement. Le porte-parole s’adresse en ces termes au visiteur : « Les aînés me demandent de vous annoncer que chez eux, c’est la paix, la sérénité, tout va bien. Et veulent savoir comment ça se passe chez vous » ? Moment instructif ! Le visiteur décline enfin les raisons de sa visite. Une fois terminé, le porteur de parole la reprend et demande à son aîné, qui est l’hôte s’il a entendu les raisons du visiteur. L’hôte acquiesce, apporte des réponses ou des approches de réponses aux questions relevant de la visite que lui rend son invité. C’est à ce moment-là que généralement, les échanges formels s’arrêtent pour digresser totalement dans des échanges plus banals.

Aujourd’hui, je dois l’avouer. J’ai mis du temps, beaucoup trop de temps à comprendre que dans nos cultures africaines, il y a beaucoup de poésies, de sentiments et d’attention envers l’autre. Cet altruisme et cette hospitalité teintée de traits affables font des peuples africains, les êtres les plus aimants au monde.

Le magnétisme des relations kpaliméennes n’a pas pris de coup malgré les changements économiques qui s’opèrent au détriment des natifs du milieu. Si l’air frais et l’espace verdoyant courant monts et vallées attirent aujourd’hui de plus en plus de visiteurs étrangers, la situation économique défraîchie participe à une cherté de vie inespérée. Les prix des ingrédients locaux, comme les fruits, les tubercules, les légumes, bien que cultivées en pleine région, grimpent en flèche. Ce sont désormais « les prix d’étrangers » qui sont pratiqués dans les commerces. Et pour cause, le tourisme en pleine croissance a participé à la spéculation. Les motels faisant office d’hôtel ont poussé comme des champignons, les mœurs deviennent légères et les lieux de réjouissance, légions. Les habitants ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts ; Et en face de cette souffrance de plus en plus accrue, les étrangers et autres visiteurs d’un week-end exultent et chassent la chair fraîche en promotion à tous les coins de rue. Un petit bangkok se crée à quelques encablures de Lomé, et les candidats à l’escalade des monts de venus ne manquent pas.

Kpalimé Market

Trop de Kpaliméisme tue Kpalimé. On en revient généralement les bourses vides ! et ceci dans tous les sens du terme !

 

Cette vie chère pour un milieu économique encore fragile, les journalistes de nombreuses fois en séminaire dans la ville, n’en ont jamais parlé. Ils ont préféré faire fi du problème, oublié la raison de leur métier, et payé pour les plus vicieux, ce droit de cuissage pas très tabou dans la culture locale, qui vous fait courir les doigts sur les perles enserrant les hanches en amphore des généreuses gazelles réchauffeuses de lit par temps frais le soir à kpalimé.

Kpalimé Cristal

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