Togo : Ce que France veut, Dieu veut?

C’est le sujet qui suscite des commentaires mêlés de passions, d’invocations de l’histoire commune des deux pays, l’une métropole et ancienne colonisatrice; et l’autre, ancienne colonisée tentant de s’affranchir en démocratie et en état de droit. (Je dis tout ça pour être le plus honnête et le moins partisan possible). Mais alors pourquoi ce titre? Pourquoi la France? Pourquoi doit-elle être le pays qui donne le rythme au nôtre?

Je vous prête cette phrase de Robert Dussey, Ministre Togolais des affaires étrangères interviewé par le quotidien Forum de la Semaine sur les relations France-Togo : “la France reste une puissance dont les potentialités et l’expertise dans plusieurs domaines peuvent contribuer au décollage de notre économie“.

Maintenant, je vais élargir les propos du Ministre en rajoutant quelques détails que je tiens, rassurons-nous, des informations de tous les jours. On recommence : “La France, puissance en crise, dont la note a été une fois de plus diminuée par Standard and Poors, dont le Président est apprécié par seulement 1 Français sur 5, reste une puissance dont les potentialités et l’expertise dans plusieurs domaines peuvent contribuer au décollage de notre économie“.

Du coup, l’argumentaire ministériel en prend un coup hein. eh bien pas vraiment :

Tout ce qui parle français en Afrique noire, va en France pour se légitimer à un moment ou à un autre. Qui dit le contraire? Ouattara a eu sa visite officielle  chez François Hollande; Blaise Compaoré et Yayi Boni n’ont pas dérogé à la règle; Ibrahima Boubacar Keita, le nouveau venu est déjà dans les petits papiers du Hollande, le mal aimé par son peuple…; Mahamadou Issoufou, même Alpha Condé, qui se révèle meilleur quand il était dans l’opposition qu’aujourd’hui au pouvoir (c’est normal me direz vous, en lorgnant un WADE) a eu son quart d’heure de gloire français… pourquoi refuserait-on la french kiss à Faure Gnassingbé.

Aller en France, pour un Président Africain est comme un re-virginisation, une volonté de montrer qu’on a fait des efforts dans son pays pour ressembler à la France, le pays des droits de l’homme et de la démocratie, l’aurions-nous oublié? (Rappel de la constitution du peuple français en 1789 : nous peuple françois, réunis etc… que les hommes naissent libres et égaux en droits, cf la déclaration des droits de l’homme et du citoyen).

Aller en France, pour un président Africain est comme un besoin de réaffirmation de son soutien à la ligne directrice de la politique africaine de Hollande : la fin de la françafrique (cela reste à vérifier mais bon…), les droits de l’homme, la lutte contre la torture, etc.

Enfin, aller en France, c’est tout de même l’opération charme et séduction qui garantit l’aide française au développement (là on rejoint le Ministre). “Donnez nous plus d’argent, puisque nous vous prouvons à suffisance, que nous sommes entrain de devenir de plus en plus humain avec nos pires ennemis”!

Car aujourd’hui, que veulent ces pays occidentaux qui nous distribuent les aides financières proportionnellement aux notes d’écoles reçues en élections démocratiques ou non, en droits humains ou non? Bah Uncle Sam et ses cousins du pays des fromages exigent justement les bonnes notes : Avez-vous eu des élections législatives transparentes? – oui! Avez vous diminué la torture dans vos pays (de toute façon, on sait que vous les noirs êtes violents par nature, vous ne vous arrêterez pas du jour au lendemain, mais avez-vous faits des efforts) – oui, je vous assure que des efforts sont entrain d’être faits en ce sens. Okay, allez, monsieur le président, merci d’être passé à l’Elylsée, on vous octroiera un peu d’argent pour financer vos projets de développements (et vos vies dispendieuses aussi de temps en temps hein… qui n’aime pas le luxe hein…) et la petite tape dans le dos avant le communiqué de presse qui était prêt avant même la visite présidentielle est publié!

(Celui qui a oublié l’image de Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio recevant ensemble Hilary Clinton a les souvenirs un peu trop courts… il va falloir les rallonger). L’image!!! l’image est importante aux yeux de l’interlocuteur qui finance : aaaah, regardez les… deux frères-ennemis jurés, fils d’anciens présidents dont l’un est censé être mort de la main de l’autre, aujourd’hui ensemble pour me recevoir? oh le Président actuel de ce pays a fait beaucoup d’efforts, on va en faire l’un de nos alliés sûrs en Afrique. Et derrière une CIA qui fait :”we’ll keep eyes on this guy, the son of the general”… (non vous n’avez jamais lu Gérard de Villiers?)

C’est en résumé le fonctionnement des relations entre France et pays africains. Le reste est habillé de volontés fermes à condamner la crise en Syrie, et à soutenir les sommets de négociation de paix; tout ça parce qu’on a eu une place du petit poucet au conseil de sécurité.

Mais il ne faut jamais oublier que le véritable enjeu tournant autour de deux axes :

  • l’aide au développement de nos pays aux balances éternellement déficitaires, condamnés à importer toujours plus que nous en exportons.
  • Un besoin d’assurance et de soutien de la France au Togo et à son régime actuel pour que la France polisse l’image du pays à l’international, encourage d’autres pays amis de la France à devenir amis par intérêts du Togo (en politique il n’y a pas d’amis… c’est de De Gaulle non?) et sait-on jamais, à gagner un gage de sécurité et de protection, si jamais la défense togolaise était attaquée.

La première leçon de l’après-colonialisme c’est : Celui qui a contre lui, la France, a contre lui, les autres, c’est à dire tous les bailleurs de fond potentiels. La raison est simple : on reconnaît une certaine paternité française au Togo en tant que république née de la fin de la colonisation. Qui mieux que la France saurait aiguiller et conseiller les autres pays qui souhaiteraient croire en le Togo et y investir. La preuve, c’est sa langue que nous parlons au moins administrativement. Et cela dit tout, tout sur notre manière de fonctionner…

Jacques Foccart a expliqué dans un entretien ayant aboutit à un livre avec le journaliste Philippe Gaillard, que le Président Français de son époque, De Gaulle, recevait les chefs d’état africains dans son bureau et leur prodiguait des conseils d’une manière assez paternaliste : Fais comme ceci, ne fais pas comme cela, et nous continuerons de t’aider toi et ton pays…  Aujourd’hui, on peut être à peu près sûrs que les traditions qui ont la vie dure, perdurent; L’ex Colonisateur représenté par François Hollande continue d’épauler l’ex-colonie et son actuel dirigeant, de lui montrer le long chemin de la liberté (à la manière du madiba, me diriez vous), une fois qu’il semble présenter une image de “la volonté de faire des efforts dans le sens de la démocratie et de l’état de droit, des réformes institutionnelles” etc….

C’est pour cela que je suis en partie d’accord avec le brillant analyste qu’est Kodjo Avuletey. Lisez son blog à l’occasion. L’article trouve que les détracteurs de cette visite du Togolais en France, d’une part et les soutiens de l’autre, doivent être renvoyés dos à dos. Soit! mais que l’auteur ne s’offusque pas du fait que nos pays africains ne soient pas suffisamment indépendants.

L’indépendance est devenue depuis bien trop longtemps une affaire de date historique où une certaine légitimité surveillée du coin de l’oeil français a été accordée à un peuple africain mal préparé pour disposer de lui-même. La France le savait, les leaders africains le savaient, mais tout le monde nous a laissé nous jeter ce sort et nous marier à la dette et la pauvreté. Nos pays indépendants d’il y a cinquante ans avec des peuples qui mangent de la vache enragée? oui parce qu’ils partaient de rien, aucun soubassement financier, aucun poids en or à la banque mondiale, aucune notion d’échanges entre pays, rien que la volonté de s’affranchir du colonisateur français dans les jupes duquel nous avons accouru aux premiers coups d’état.

Nos pays seront indépendants le jour où seuls, nous n’aurions plus à tendre la main vers l’ex colonie pour construire des forages et des bibliothèques dans nos villages. Mais en attendant, la France (mal en point ou pas) est à la place de Dieu au Togo… Elle finance, elle décide donc de plein droit et accompagne qui elle veut…

Si quelqu’un veut être accompagné, n’a t-il pas intérêt à jouer du charme et de la séduction ?

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