Haiti : Pour comprendre l’afro-pessimisme

En début d’après midi de samedi, je glande devant mon ordinateur. Des clics de souris ça et là pour écouter un peu de musique. ça fait une semaine que l’album remake de France Gall par la chanteuse française Jenifer traine dans mon pc. Allez je double-clique sur le titre “Ella, elle l’a”.

C’est après une rencontre B2B (Beer 2 Beer) que je revins m’affaler devant la télé. Un reportage sur Haiti attire mon attention : Jenifer, la chanteuse française y était cette semaine pour Pampers (marque de couche pour bébé) et pour l’UNICEF qui soutient une campagne de vaccination contre le tétanos. Le Tétanos! tout de même… Je ne sais pas si le Togo doit s’enorgueillir, ou se pavaner de ne pas avoir à organiser des campagnes de vaccination contre le tétanos, tellement il en est loin.

Le reportage montre un Haiti revenu à l’âge de pierre par séisme interposé et sujet oblige; des hôpitaux où l’on peine à sauver les bébés prématurés.

Mais alors, zoomons un peu en arrière, et regardons globalement cet Haïti qui fait pleurer d’émotion et de compassion, les chanteuses françaises.

L’Haïti est avouons-le, le pays africain qui n’a pratiquement pas connu la colonisation… Plus de 200 ans d’indépendance, et autant d’années de déliquescence, de mal gouvernance, de corruption, enfin d’africanisme négativiste. Toute l’histoire de ce pays est jonchée, traversée, niquée même d’une suite de dictateurs qui ont roulé sur un copinage en règle des trafiquants de drogue et ont tronqué l’éducation et le développement contre l’enrichissement personnel. Cela a contribué à rabaissé le pays jusqu’au niveau d’une singerie géante. Aujourd’hui, l’on cherche à porter le doigt accusateur sur les catastrophes naturels qui ont achevé d’enliser le peu d’infrastructures qui tenait debout. Mais de quel droit ira t-on blasphémer au nom de la nature tueuse, alors même que les tontons macoutes de Duvalier avaient depuis longtemps joué le requiem de ce pays aujourd’hui en terre; ils ont fait chanter en chœur une bérézina républicaine à toute la population haïtienne.

Haîti est la preuve que sur le plan politique, aucune once de leadership n’était inscrite dans un coin du pedigree de l’homme noir. Il nous faut à la rigueur nous pencher sur notre histoire commune d’africains subsahariens; cette passionaria pour la guerre de conquête durant les 13ème et 14ème siècle, où les noirs réduisaient les noirs en esclaves, étendaient la périphérie de leurs royaumes jusqu’à ce que décadence s’en suive; et pour finir, invitant l’homme blanc à venir acheter de l’humain noir contre force pacotilles et autres broutilles.

Le modernisme de l’après-colonisation n’aura fait que colorier sinon révéler les couleurs politiques de ces étrangleurs de peuple qui se succèdent à la tête des nations noires, qu’elles aient été haïtiennes, jamaïcaines ou africaines.

Grande est d’ailleurs la honte! la honte qui donne raison aux détracteurs de la gouvernance noire en Afrique du Sud. Aujourd’hui ce pays devrait remercier l’apartheid : cette relation de subordination précaire du noir par rapport au blanc. Tout tend à montrer que l’Afrique du Sud aurait plutôt ressemblé au Botswana voisin s’il avait eu des dirigeants noirs une trentaine d’années plus tôt. Depuis Nelson Mandela, les bilans sont plutôt en berne; et les scandales dans les entourages des dirigeants noirs s’enchaînent. Le Numéro 1 actuel de la nation arc-en-ciel se répand dans une polygamie sans bornes; les dirigeants de son parti se rabaissent à un imbroglio de crise de succession et de lignes directrices politiques; les descendants de Mandela se ridiculisent en querelles d’héritages et de succession alors même que le patriarche lutte contre la vie. A croire que ces derniers le préfèrent mort que vif.

Puissions nous êtres noirs, oui! mais pouvons-vous en être si fiers? Je me demande si du côté blanc des races humaines on a la phrase similaire : Blanc et fier de l’être? Et pourtant sur l’échelle des contributions apportées à notre humanité, la race noire apparaît comme le petit poucet, très arriéré, et suffisamment à la traîne pour prétendre à un quelconque apport humanitaire.

Si d’aucuns s’accrochent au fait que l’homme noir soit suffisamment entré dans l’histoire; qu’ils intègrent au moins l’idée que la race noire y est entrée surtout avec les pages noires de l’histoire de ce monde.

Les journaux européens nous ont à raison, stigmatisé comme des personnes qui ne peuvent voter un jour d’élection, sans qu’il y ait un bilan en morts d’hommes. C’est en Afrique que l’on a le plus rythmé la vie des populations avec les massacres et les génocides devenus des sports nationaux. C’est en Afrique que nos leaders ont appris à  acheter des appartements à Paris et à Monaco quand ils arrivent au pouvoir, pendant que dans leurs hameaux, des enfants meurent de paludisme.

Du haut de ce talus de désespoir sous lequel sont ensevelis les débris et délabrements de Port-au-Prince, 200 ans d’échecs patents contemplent Jenifer.

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