Le samedi Initiatique d’un Salaud lumineux.

Je suis un Togolais. Mes parents et mes grands-parents viennent du Ghana voisin. Il ne faut pourtant pas porter le doigt accusateur sur ces grands parents, surtout ceux de sexe masculin que vous pourriez soupçonner d’avoir trempé leur biscuit « beyond borders ». Cela n’est pas leur faute.

Mon cher pays

Mon cher pays

En effet, en 1919, alors que nous étions en pleine période coloniale d’une Afrique tant convoitée, Français et britanniques avaient, avec beaucoup d’entrain, chassé l’envahisseur allemand de nos terres ; et partagé le Togo d’antan en deux. Le Togo français (Togo actuel) et le Togo britannique devenu Ghanéen. Ma famille Togolaise donc au départ s’est retrouvée basculée côté Ghanéen.

Mon père est originaire de Agotimé-Kpetoe, et ma mère est tributaire de Denou, tous deux étant des villages de la terre du milieu (le Togo britannique) où l’herbe est verte, et l’hospitalité offerte…

Né et enraciné comme une salade, à Lomé, occupé à courir derrière la vie meilleure et ne ressentant pas jusque-là le besoin de retourner à mes origines ou du moins d’aller fouler de mes petits pieds la terre qui a vu naître mes ancêtres, j’ai pour la première fois depuis plus de dix ans, franchi la frontière pour un passage éclair dans l’un de mes villages d’origine, Agotime-Kpetoe. Il fallait que j’y rencontre mon père qui y était quelques jours plus tôt et lui transmettre des effets documentés qu’il m’avait enjoint de lui apporter.

Une fois la ligne des connivences franco-britanniques franchie, on est frappé par un changement tout aussi radical qu’immédiat. Une foule quasi compacte, une route au revêtement qui disparait et réapparait plusieurs centaines de mètres plus tard, des chauffards de bus de transport qui conduisent comme s’ils étaient engendrés suite à des éjaculations précoces, et un formidable mélange de langues Ewé-Anglais qui vous chatouille l’oreille.

Dans le bus qui m’a mené à destination, j’ai cohabité avec une voisine qui se révéla être l’exacte archétype des filles du Ghana côté Volta Region (parlant Ewé). La force de l’éducation du milieu leur faisait prononcer « pardon » à la moindre phrase. Voici quelques exemples prononcées par ma voisine de bus :

Salutation : « Efo medekou morning ». medekou = pardon. Le mina disant moudekoukou (formidable paronyme accentué).

Elle me demande de lui régler sa montre : « Efo Medekou set nye watch nam ».

J’aurais voulu me transformer en fumée et filer à l’anglaise par la fenêtre pendant qu’il était encore temps, submergé et admonesté de tant de « Efo Medekou ». De sources bien informées (c’est-à-dire que c’est un ami qui me l’a dit), même quand une fille du Ghana s’apprête à vous insulter, elle commence par demander pardon (« Efo Medekou ») avant d’ajouter l’insulte en chute de phrase.

Exemple :

L’une des insultes les plus usitées dans la langue featured Ewé-Anglais est de vous dire « Je chie pour toi » (ne me demandez pas pourquoi). En éwé, ça donne un truc du genre « Mé Gné Mi Nawo Sia ». Une fille Ghanéenne vous insultera plutôt en les termes suivants : « Efo Médékou Mé Gné Mi Nawo Sia » (Monsieur, Pardon, je chie pour toi). Je ne sais pas pour vous mais au moins en ce moment là, ça prouve qu’elle y a vraiment mis du sien pour chier pour vous !

Enfin, que voulez vous ? C’est mes origines, ma culture que je transporte alors que je n’ai pas demandé à naître… comme tous les autres êtres humains d’ailleurs, sauf le premier homo sapiens.

A mon retour à Lomé quelques heures et quelques « Efo Medekou » plus tard, je me rendis avec mon collègue Hans Justinov, qui m’avait rejoint au bureau, dans un restaurant des spécialités du Nord-Togo. Sur la carte, on y proposait notamment du varan, du boa, du python et autres subtilités de reptiles dont je vous épargne l’énumération histoire de ne pas vous rouler des yeux de merlan frit devant votre écran. Le comble aurait d’ailleurs été atteint, si nous avions quitté le restaurant après avoir payé l’addition en monnaie de singe… mais enfin… En ce moment-là qui d’entre nous ou du restaurateur serait devenu le dindon de la farce. Enfin, trêve d’animosités ! A notre sortie de la gargote j’avais mon estomac mijotant intérieurement d’Akpan(pâte de maïs), d’une sauce dont le nom m’est totalement inconnu, de quelques pattes de varan, et d’un échantillon de viande de boa.

Akpan

Une fois le tout arrosé d’un tchoukoutchou (bière de mil) moussé jusqu’à la bordure de la calebasse en bois, je m’en suis remis aux bras de morphée que me tendait mon lit, et je m’endormis des souvenirs du village plein la tête et de la viande de reptiles plein le ventre. Je me sentais comme Di Caprio avalant du sang de serpent dans le film The Beach…

C’était à n’en point douter un samedi initiatique inattendu… mais plutôt réussi.

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